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Rubrique Ce monde qui bouge

Boudjemaa Karèche, mémoire vivante du cinéma

Boudjemaa Karèche, une mémoire vivante du cinéma algérien et un témoin du cinéma arabe et africain. C’est ce que tend à montrer le film-documentaire Boudjemaa et la maison cinéma de Mohamed Latrèche, projeté vendredi dernier à la cinémathèque à Paris. Pendant une heure, on a pris plaisir à voir et écouter l’ancien directeur de la cinémathèque revenir sur un parcours d’environ 50 ans, parler avec passion de ce qui a fait sa vie, le cinéma et la Cinémathèque d’Alger qu’il a dirigée durant 34 ans.
Boudjemaa Karèche, tantôt filmé chez lui face à la mer, tantôt dans les rues de Aïn Benian, sur le port, tantôt parmi ses amis de Ben Kanoun ou accompagné par son fils, parle, émaille son propos centré sur un demi-siècle de cinéma, de souvenirs, d’anecdotes, de rencontres. Il raconte comment a été mis en place cet enfant de la guerre de libération qu’est la Cinémathèque algérienne, véritable institution et musée du cinéma, première du genre en Afrique et dans le monde arabo-maghrébin, par Ahmed Hocine, enfant de la Casbah d’Alger et frère de Baya Hocine, l’héroïne de la Bataille d’Alger. Comment Boudjemaa, l’étudiant en droit qui ne connaissait rien au cinéma, a été entraîné par Ahmed Hocine dans cette aventure qui allait marquer l’histoire du cinéma algérien. Sans oublier la part prise par l’ex- directeur de la Cinémathèque française, Henri Langlois, ami de la révolution algérienne, auquel le liait une vraie complicité et qui avait aidé à la création de la Cinémathèque d’Alger, mis à sa disposition un lot de films, avant de faire connaître au public français les films algériens, en organisant en 1973 à la Cinémathèque française à Paris le premier panorama du cinéma algérien…
En ces années 60-70 d’effervescence artistique et culturelle, la Cinémathèque d’Alger était le seul espace d’expression sans contrainte du pays, où ceux qui venaient débattre ne songeaient nullement à l’exil, parce que, nous dit Boudjemaa, tous croyaient dans cette Algérie du développement industriel, de la révolution agraire, du Festival panafricain, d’Alger capitale des mouvements de libération africains, arabes et latino-américains,… En ces années-là, la Cinémathèque d’Alger programmait jusqu’à cinq séances par jour, suivies de débats en présence de réalisateurs tels Costa Gavras, Godard, Youssef Chahine, Tewfik Salah, Sembène Ousmane, Med Hondo, le Cubain Santiago Alvarez… avec la participation de critiques de cinéma réputés comme Jean-Louis Bory. Tout cela est raconté sans amertume envers ceux qui l’ont démis en 2004 de son poste de directeur de la Cinémathèque. On prend plaisir aussi à l’écouter évoquer le choc provoqué en lui par Tahia Didou de Mohamed Zinet ou Le Charbonnier de Mohamed Bouamari.
Et en dépit des soubresauts qui ont marqué l’Algérie à compter des années 80, Boudjemaa Karèche a continué à tenir la barre de la Cinémathèque y compris dans les moments les plus difficiles de ces années 1990-91, qui ont vu l’ex-FIS, qui contrôlait alors près de 60% des APC et APW, décider d’interdire les activités culturelles et artistiques, fermer les conservatoires de musique et les salles de cinéma, dont la Cinémathèque de Bordj-Bou-Arréridj. Boudjemaa Karèche raconte alors comment, en dépit des menaces islamistes, il s’était rendu à Bordj accompagné de nombreux acteurs de la société civile, pour exiger sa réouverture…
Par ces temps où il est question de résistance culturelle contre le colonialisme, n’oublions pas non plus ces hommes comme Boudjemaa Karèche, ces journalistes et artistes dont beaucoup – Djaout, Hasni, Alloula, Saïd Mekbel, entre autres – ont payé de leur vie pour que l’Algérie ne sombre pas dans la régression et la médiocrité.
Ce film est à montrer aux jeunes car depuis le départ contraint de Karèche de la Cinémathèque, vingt ans se sont écoulés et toute une génération ignore tout de l’histoire de la Cinémathèque, des grands moments du cinéma algérien.
H. Z.

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